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L'Altriman 2021 : Une épreuve qui change une vie

J'ai connu Nico en Belgique, au Tenacity Team Triathlon, à une époque où je débutais tout juste la discipline. À mes yeux, c’était un véritable extraterrestre. Des chronos de dingue en course à pied, des triathlons full distance parmi les plus durs… il faisait des trucs de taré ! Quand on touche au triathlon longue distance, on réalise à quel point ces épreuves sont éprouvantes. Et ce qu'il a accompli sur l’Altriman est juste exceptionnel. ( 3800m de nage, 180km de vélo avec 5000m de d+ et 42km de course à pied et 1100m de d+) Voici son récit.

Un regard en arrière

Aujourd’hui, nous sommes le 20 janvier et je relis ce récit qui date de juillet 2021. La vie a bien changé. Je pense que cette épreuve a changé ma vie, ma vision du sport et les valeurs qui l’entourent.

Toutes les personnes citées dans ce récit sont aujourd’hui devenues parents, amis, ou séparées, mais nous avons vécu cette aventure ensemble. Je serai à jamais reconnaissant de leur aide ce jour-là, et je leur en serai redevable.

Des moments les plus positifs aux plus difficiles, ce texte retrace l’aventure de l’Altriman 2021, qui reste à mes yeux l’un des triathlons longue distance les plus durs d’Europe.
Durant cette course, j’ai traversé toutes les émotions. J’ai appris à être humble face à la puissance de la montagne. J’ai également appris à être seul avec moi-même et à affronter mes propres démons.

Une épreuve bien plus qu’un simple triathlon, un combat personnel


J’ai également compris, et peut-être oublié avec le temps, que la famille et les proches sont la clé de tout, bien au-delà du sport.
Cette épreuve était ma réponse à un besoin excessif de m’épuiser pour ne pas penser à la maladie que mon père combattait à l’époque. Le sport m’a aidé, et je suis convaincu qu’il peut en aider tant d’autres.
Merci à Coaching La Tour de me permettre de revivre cette aventure à travers ce récit.
Les grandes histoires sont pour tout le monde, même lorsqu'elles ne sont écrites que pour une seule personne. Si vous essayez d'écrire en pensant à un public large et général, votre histoire sonnera fausse et manquera d'émotion. Personne ne sera intéressé. Écrire pour une personne en particulier signifie que si c'est authentique pour l'un, c'est authentique pour le reste.

Le jour J : entre excitation et doutes

Il est 3h50. Mon réveil sonne. Je suis en pleine forme. J’avale mon petit-déjeuner et je finis de repasser tous les scénarios dans ma tête.

Rien n’est sûr. Peut-être que je vais m’arrêter à l’entrée de l’eau, tétanisé par la peur. Peut-être qu’il y aura du brouillard dans l’eau. Peut-être que nous serons en retard. Peut-être que je chuterai à vélo. Peut-être que je prendrai une crampe en CAP…

Ou peut-être que je finirai et réaliserai l’un de mes rêves en triathlon.

Le temps file, et il est déjà 5h30.


Nico en 2022 lors de l'Alpsman qui d'aprés lui est bien moins dur que l'Altriman !

A la sortie de l'eau, concentré !

Plonger dans l’inconnu

Je salue une dernière fois mes proches avant de me diriger vers la ligne de départ. Il fait froid à l’extérieur de l’eau. Dès le départ, je ne sens déjà plus trop mes pieds (température annoncée : 5°C dehors, 18°C dans l’eau).
Les feux de Bengale s’allument ! C’est le début du rêve ! Je ne réfléchis pas, je plonge. Ma première vision est un noir complet, sous et sur l’eau. La seule chose que je distingue, c’est la petite lumière de l’autre côté du lac, celle que je dois viser.
Je ne me pose pas trop de questions, je fonce. Je nage parallèlement à un autre gars et boucle assez vite la première boucle. La sortie à l’Australienne se passe bien, mais qu’est-ce qu’il fait froid dehors !
La deuxième boucle se déroule également bien. Je sors 54ᵉ de l’eau. Pas trop mal !
À la sortie, j’entends mes proches qui continuent à m’encourager :
"Philippe, je ris, je ris !"
Je souris en les entendant. La transition est longue, je prends le temps de bien m’essuyer, car il fait toujours aussi froid. J’enfile mes chaussettes, mes chaussures, mes vêtements chauds… et c’est parti !


Le début du vélo : tout va bien... pour l’instant

Les premiers cols passent assez facilement, mais je reste sur la réserve, car on m’a dit que la course commence vraiment au km 137… et je vais vite comprendre pourquoi.
Au pied de Pailhères, je laisse une veste dans mon sac de transition. Mes parents sont là, je discute avec eux. Ils me disent que très peu de concurrents sont passés avant moi. Je me sens boosté.
Au sommet de Pailhères, tout va bien. Je suis proche du top 30, je me sens bien. J’entame la descente avec beaucoup d’assurance, mais il n’y a rien à faire : les plus lourds vont plus vite, et moi… je suis une brêle en descente. Heureusement, je reviens dans toutes les montées.
KM 130 : le début de l’enfer de l’Altriman.
Dernier ravito avant une montée interminable qui me mènera à Quérigut. En plein effort, je jette un œil à mon GPS… 35°C en plein soleil.

L’abandon en tête

Mais je supporte difficilement la chaleur. Je m’arrête pour manger dans certaines montées, je marche même par moments. Je suis cuit… mais en forme.
J’arrive à Quérigut et j’annonce la couleur : je ne veux plus repartir. Je veux laisser le vélo et rentrer en voiture.
À ce moment-là, mon entourage prend ça à la légère, me fait des blagues, me met un parasol au-dessus de la tête pendant que je suis affalé sur une chaise de camping. Les batteries se rechargent petit à petit. J’ai même la chance de manger un sandwich.
Je repars, et contre toute attente, je finis très fort le vélo. Je me sens mieux. Mais déjà, mon esprit est ailleurs… le marathon m’attend.
J’espère le terminer avant la tombée de la nuit.

Le marathon : la dernière épreuve


J’arrive sur le marathon, et je ne me sens pas si mal. Je cours les 5 premiers kilomètres pour me rassurer, et là, je me dis qu’il ne m’en reste plus que 37. C’est bon, ça va le faire.

Je réalise que le début de la boucle est assez roulant, je cours bien. Mais à partir de la ligne, tout se complique. Ça grimpe sans cesse jusqu’à la station des Angles. Je marche, mais je sais que j’ai de l’avance sur les barrières horaires. Alors je prends le temps, je marche, je parle avec les autres.

Mes amis sont toujours là. Seb et Arthur chantent, ils m’encouragent. Alice est on fire, et que dire de mes parents... Ils semblent réaliser que ce n’est pas si facile, mais que j’y arrive.

J’avance. 26ᵉ km, je regarde l’heure. Il est 22h30, j’ai encore 2h30 d’avance sur la dernière barrière. Ça y est, je suis officiellement finisher, mais il me reste encore une montée à faire.

Je la fais principalement en marchant, mais avec la certitude que je vais finir. Plus la ligne d’arrivée approche, plus je réalise : ça y est.

En haut de la dernière montée, les copains sont là. Seb me dit que c’est bon, je vais le faire, mais que je peux encore accélérer. Alors je le fais. Je claque les 5 derniers kilomètres en 22 minutes. (LOUUUUUURD ! 🔥)

J’arrive à l’arche, je lève les bras, c’est automatique.

Je suis plus que fier de ce que je viens de réaliser. Pas encore totalement lucide, je ne réalise pas complètement.

Ça y est, putain, ça y est !

Je continue à lever les bras. Les gens devant moi sont souriants. Peu de masques, peu d’inquiétude… Tout va bien.

Et je l’ai fait !


Un accomplissement inoubliable, merci à tous

Merci à Alice, Arthur, Seb, mes parents, Karine et Pierre qui m'ont soutenu en direct. Merci à toutes les personnes qui m'ont contacté avant ou après la course pour m'encourager !
Merci à François, qui m’a tant aidé dans ma prépa !
C'était incroyable, je n'ai jamais vécu ce genre d’émotion… Je me sens bien !


L'Altriman 2021 : Une épreuve qui change une vie
Thomas Theys 7 mars 2025
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