Enfance et adolescence :
Avant de comprendre pourquoi je me suis lancé sur un tel défi, il faut comprendre d’où je viens, quelles sont mes racines.
Vers l’âge de 3 ans, lors de mon premier cinéma, mes parents suspectent un problème de vue en me voyant en difficulté lorsque je devais me déplacer dans l’obscurité. D’après mon arbre généalogique, les spécialistes hypothétisent que j’ai hérité de la maladie de mon arrière grand-père (rétinite pigmentaire) et que je risque de perdre mon autonomie vers la puberté. En attendant, il m’est interdit de sortir dehors sans lunettes : solaires la journée pour me protéger des UV (quelle que soit la météo) et de vue la nuit. Suite à cette nouvelle glaçante, mes parents ont fait tout leur possible pour que je vive un maximum d’expériences tant que ma vue le permettait. Très vite, à force de suivre mon papa professeur d’éducation physique lors de stages multisports et autre, on remarque que les activités sportives me passionnent, m’animent particulièrement. A partir de ce moment-là, le sport va faire partie de mon quotidien. J’ai commencé par prendre des cours de natation, puis de tennis et enfin, à 5 ans et demi, j’ai débuté le basketball. Dans un premier temps, j’ai pratiqué ces disciplines dans un but de loisir, de façon récréative. Mais après quelques années, vers l’âge de 10 ans, mon esprit de compétition va émerger. Cette nouvelle donnée me fera arrêter la natation pour poursuivre mes deux autres activités de manière plus intensive. Dès lors, chaque saison, au tennis comme au basketball, je me fixais des objectifs que j’inscrivais sur un post-it collé à la porte de ma chambre. Cela m’ a apporté de la rigueur et me rappelait chaque jour pourquoi je me donnais à 100% à l’entraînement.

Arrive alors la période redoutée : la puberté. Au final, l’état de ma vue est stable et déjoue les premiers pronostiques. J’ai donc continué sur ma lancée, en mixant mes 2 passions, jusqu’à mes 16 ans où j’ai choisi de me consacrer uniquement au basketball afin de ne pas compromettre ma réussite scolaire, sachant que je voulais aller à l’université pour y étudier l’éducation physique, comme l’avait fait mon paternel quelques années auparavant. C’est seulement vers mes 19 ans qu’un nouvel ophtalmologue s’intéressant à mon cas trouva ma pathologie : le « enhanced S-cone syndrome ». Il s’agit d’une maladie génétique dégénérative transmise par les parents via deux allèles récessifs (l’un de maman, l’autre de papa) portant la maladie et formant le gène défectueux. La probabilité pour qu’un humain possède un allèle porteur de la maladie est de 1 chance sur 100 000. Par conséquent, puisque les deux parents doivent avoir et transmettre leur mauvais allèle, cette maladie est très rare (une vingtaine de cas dans le monde à ce moment-là). Vous l’aurez compris, on peut dire que j’ai gagné au Lotto mais pas le bon. Cette pathologie est essentiellement caractérisée par trois symptômes : aucune vision nocturne, développement de tâches aveugles dans le champ visuel et hypersensibilité à la lumière bleue. Actuellement, il n’existe aucun traitement, que ce soit pour stopper l’évolution de la maladie ou pour en guérir.
Nouvelle passion : le triathlon !
Cette année-là, j’ai laissé tomber mon premier amour, le basketball, pour me lancer dans le triathlon. J’avais été influencé par mon parrain qui pratiquait cette discipline et qui avait réalisé l’Embrunman, une épreuve hors du commun qui m’a tout de suite donné envie. Dès lors, je me suis dit que moi aussi je voulais découvrir ce mythe, composé de 3,8km de natation dans le lac de Serre-Ponçon, 188km de vélo avec 5000m de dénivelé positif dont le célèbre col de l’Izoard et 42,195km à pied le long de la Durance et autour de la ville d’Embrun. Tout cela est bien beau, mais il faut se préparer pour une épreuve pareille… Je fais donc un plan à long terme, en faisant mes gammes sur des triathlons distance sprint, avant de passer sur DO puis sur semi-Ironman. Même logique en course à pied, du 5km au marathon.
N’ayant aucune expérience dans le domaine, je décide d’intégrer l’ESM pour être entrainé par Paul Timmermans. Un sacré personnage dont le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a de la bouteille dans les sports d’endurance! Le courant est tout de suite passé, tant sa mentalité correspondait à l’esprit que je recherchais pour me développer dans le triathlon. Depuis le début de notre collaboration, je n’ai cessé de progresser jusqu’à me sentir prêt à affronter l’Embrunman, mon rêve sportif!


Entre-temps, j’ai réussi à embarquer Simon dans l’aventure, un ami rencontré dans mon club de triathlon du 3T. On décide donc de se préparer ensemble (reconnaissance des parcours, stage à l’Alpe d’Huez) jusqu’au jour J, fixé au 15 août 2023. Tous les voyants étaient au vert jusqu’à ce qu’une voiture me coupe la route à moins de 3 semaines du départ. Je m’en sors incroyablement bien vu la vitesse à l’impact (45km/h) mais le vélo est déclassé et je ne peux plus nager avant l’épreuve à cause de mes brûlures. Après 5 jours d’arrêt suite aux hématomes, j’effectue mes dernières séances en vélo et en course à pied. Pour l’épreuve, un ami du club fera preuve d’une incroyable générosité en me prêtant son vélo.
Le jour J, on y est!
J’ai l’immense chance d’être accompagné de ma compagne, de mes parents, de Paul et de son petit-fils, excellent athlète de l’ESM. Ils sont là pour me soutenir tout au long de cette journée, comme ils le font depuis tant d’années. Je ne les remercierai jamais assez! Le réveil sonne à 3h30, je déjeune mon Gatosport chocolat-noisettes tout droit venu de chez Trakks et l’ambiance est bonne, je suis confiant sur le fait de passer une belle journée car je suis bien entouré. Derniers préparatifs et on se souhaite tout le meilleur avec Simon dans le parc à vélo.
6h du matin, le départ est donné! Je me lance dans l’obscurité (ma plus grande inquiétude et l’angoisse de mes proches avec mon problème de vue) sur ce parcours natation que j’attaque avec prudence vu ce qui nous attend et l’absence d’entraînement dans cette discipline depuis l’Alpe d’Huez… JAMAIS, je n’aurais cru prendre autant mon pied sur une natation avec si peu d’entraînements! Les paysages et le lever de soleil ont vraiment rendu l’expérience MAGIQUE!! Je prends bien mon temps en transition et pars pour le vélo. De nouveau, la prudence est de mise, ce qui me permet d’avoir d’excellentes sensations jusqu’au dernier col où j’ai vraiment l’impression d’exploser (les stats me diront que ça allait encore), mes jambes sont HS! Deuxième transition, je ne me presse toujours pas. Je prends le temps de changer de chaussettes, etc. Go pour le marathon! Les premières foulées me rassurent par rapport aux 8 derniers kilomètres du vélo, mais il fait une chaleur de dingue (plus de 30 degrés). Là, je me dis qu’il faut prendre zéro risque de surchauffe, je décide donc de m’arrêter à chaque ravitaillement pour boire et me rafraîchir en m’aspergeant d’eau dès que j’en ai la possibilité. Je cours bien, les nombreux arrêts (ravitos, toilettes, marche-discute en prenant un gel avec ma compagne pour le boost moral) me font perdre beaucoup de temps mais ils me garantissent de finir la course sans faire de malaise… La santé avant tout!
Dernier tour du marathon !
Me voilà au dernier tour, après la dernière descente, mes quadriceps sont cuits. Les derniers kilomètres seront plus longs que prévus, je cours désormais autour de 6’/km mais ça va le faire! J’ai la chanson « One moment in time » de Whitney Houston que ma chérie m’a remise une dernière fois en tête à l’entame du dernier tour, je ne peux plus échouer! Rien que de m’imaginer voir la ligne d’arrivée dans quelques kilomètres, j’ai des frissons et des larmes aux yeux… Puis je vois mon amoureuse dans le dernier kilomètre… « Tu l’as fait, tu l’as fait!! Profite à fond des derniers mètres, ce sont les meilleurs »!! Sur ces bons conseils, j’essaye de savourer ce moment au maximum en jouant un peu avec le public et en partageant mon bonheur avec mes proches. 12h20 d’effort, I did it!! Qui aurait misé sur ce jeune garçon à la vision hasardeuse ? Une belle revanche de prise sur cette maladie qui perturbe mon quotidien depuis tant d’années !

