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BikingMan : Histoire ordinaire d’une aventure hors du commun.


Préambule :


Les efforts de longue durée m’ont toujours plu. Par l’introspection qu’ils entraînent, par l’inconnu dans lequel on se jette, le moment suspendu hors du temps que l’on vit.
Le Bikingman, c’est ça. Une série mondiale d’épreuve longue distance à vélo. Environ 1000km, environ 20 000m d+. Maximum 5 jours pour en venir à bout.



Un entraînement banal:

 J’y ai beaucoup pensé, puis je me suis lancé. Juin 2021 sonnait mon rendez-vous avec l’ultra-distance à vélo. Pour m’y préparer, j’ai accumulé les kilomètres, sans surprise. 250km hebdomadaire dans les petites semaines. Des pointes à 400 voir 500km les grosses semaines. Des réveils à 4h pour être sur le vélo à 5h, une endurance de 430km avec des copains, des trajets vélo pour un weekend à la côte d’opale. Toutes les opportunités sont bonnes pour borner.


Une préparation matérielle minutieuse :

Partir pour 1000km, c’est surtout transporter longtemps le poids inutile qu’on emmène. Je fais donc le choix de partir en mode minimaliste. 14,5kg vélo tout équipé (sans les gourdes). En plus du matériel réglementaire (couverture de survie, piles, gsm, batterie externe, argent liquide,…) je ne prends presque rien. De la nourriture, des jambières et un coupe-vent. Léger mais suffisant. Luxe nécessaire, des écouteurs seront également dans mes sacoches.
Pierre prêt pour l’aventure du BikingMan, posant avec son vélo devant l’affiche officielle de la course. Son équipement est optimisé pour l’ultra-distance avec prolongateurs, sacoches et gilet de sécurité.


Une course comme un rêve :

Le réveil sonne très tôt le matin du départ. 40’ de route jusqu’au camping d’où on démarre. Aucune tension, pas de pression négative, juste une envie folle d’y aller. 5h00 du matin, chasuble Audax, phare allumé, et c’est parti, par vague de 10-15 coureurs.
5km de course et déjà le premier col. Sur papier, un des plus durs. Il n’y a rien à gagner à monter vite, mais avec l’effet groupe, l’excitation… j’arrive en haut à presque 280W de moyenne. Ma femme est là, avec les premiers rayons de soleils qui baignent les collines qui se dévoilent quand on passe la crête. La course est bel et bien lancée avec le jour qui se lève. 
Toute la journée est une alternance de montée et descente dans le parc naturel régional de corse. Peu de villages. Presque pas de commerces. Toutes les fontaines sont mises à contribution pour remplir les gourdes. Voilà déjà le coucher du soleil, il est 22H00 aux aiguilles de Bavela. Un renard court devant moi sur la route. J’aurai vu plus d’animaux que d’autres cyclistes aujourd’hui. Dans un noir total, j’arrive le long de la côte. Encore quelques tours de pédale et je vois les drapeaux du checkpoint 1. 23h45 et 11ème coureur au checkpoint. Déjà plus de 350km et 9000m d+. Une belle journée sur le vélo !


À quelques instants du départ, Pierre affiche un large sourire aux côtés des autres participants. L’excitation est à son comble pour cette aventure d’endurance extrême.


Une heure de dodo au checkpoint, 12°. Je m’emballe dans ma couverture de survie. J’ai choisi de partir « light » sur cette course. Je n’ai pas de maillot longue manche. Juste des manchettes, des jambières, et un coupe-vent. C’est vraiment très peu. Je me réveille transi de froid et je vois que de nombreux concurrents sont en train d’arriver. Je repars pour monter le col de l’Ospedale en espérant me réchauffer. Sans aucun doute le col le plus long de ma vie. Gravi dans un vent fort, sans croiser âme qui vive, en ayant froid et sans savoir pousser plus de 150W. Aucun endroit pour m’abriter alors que mon physique lâche. Ma tête me supplie de m’arrêter dormir. Sans vêtements ou matériel adapté, je ne peux juste pas le faire.
J’avance comme un zombie jusqu’au lever du jour. Le premier rayon de soleil pointe lorsque j’arrive dans un village (San Gavino di Carbini). Après m’être battu toute la nuit, je sombre sur un banc. 30 minutes salvatrices. Un café, 3 croissants, une part de quiche, deux parts de pizza. Je dévalise la boulangerie et je repars le moral au beau fixe.


La côte ouest est là. Le soleil et la chaleur aussi. La partie la moins agréable de la course se présente devant moi. Ajaccio et sa circulation. Aucun point d’eau. Que des commerces fermés pendant plusieurs heures. Je finis par dormir dans un abribus pour trouver un peu d’ombre. Mon haleine brûlante me cuit le nez à chaque respiration. Je fais probablement une hyperthermie. Je dois me protéger. Mettre la machine au repos quelques minutes. Une habitante, postière retraitée, m’ouvre sa maison et me remplit les gourdes. Je bois presque deux litres sur place avant de repartir. Elle a sauvé mon après-midi !


Voilà déjà le checkpoint 2 qui se profile après la traversée des calanques de Piana. J’arrive encore en 11ème position. Je n’ai pas vu un seul concurrent aujourd’hui ! Je décide de ne pas reproduire les erreurs de la veille. Je regarde la carte et je choisis de me rendre à Calvi pour dormir. J’ai plus de 100 km pour y arriver, il est 19h, mais j’ai trouvé un hôtel avec réception 24/24. J’ai aussi prévu de retrouver ma femme à Calvi et partager une pizza avec elle. La nourriture de l’esprit est probablement plus importante à ce moment que la pizza. Mon moral remonte au maximum.

Petit moment de répit pour Pierre qui pose à côté de son vélo lors d’un ravitaillement. L’épuisement est là, mais l’envie d’aller au bout aussi.
4 heures complètes de sommeil, et une douche chaude. Quel luxe ! Je repars 11ème (décidément !). Devant, il y a 3 personnes à moins de 50km. Je me fixe l’objectif de rentrer dans le top 10. Le reste de la nuit se passe magnifiquement bien après avoir pris le temps de me reposer. Je double rapidement un concurrent que je voyais au loin depuis des kms. Les suivants ont plus d’une heure d’avance, et n’ont pas l’air de vouloir me laisser revenir. Nous entamons un match à distance. Je grignote, je pousse autant que je le peux. 
Je m’étonne à maintenir des watts extrêmement élevés pour quelqu’un qui vient de rouler 800km. Je monte par exemple un col à l’entrée du désert des Agriates à presque 230W de moyenne. Je souffre de la soif, mais St Florent se présente déjà. C’est encore le matin. Une pizza de la boulangerie, le plein d’eau, et c’est parti pour le sprint final.
Je dépasse le 9ème et j’aperçois le 8ème. Ils se sont arrêtés plus longuement que moi ! La malchance se rappelle à moi et je crève… 2 fois. Je roule comme un fou tout le tour du cap corse. Il reste 100km et je sais que je peux revenir sur le 9ème qui a profité de mes crevaisons pour reprendre le large. C’est chose faite dans Bastia, à 5km de l’arrivée ! Mais au fond, le classement est bien secondaire. Il m’a juste offert un objectif pour continuer à me battre contre le chrono.


Une fin d’aventure étrange:

 L’arche d’arrivée se dresse à l’endroit où nous avons démarré un peu plus de deux jours plus tôt. Sentiment étrange d’arriver avec 3 membres de l’organisation pour m’accueillir, un autre concurrent,. Et c’est tout. Ambiance intimiste. Après ces 56h de course, je réalise que j’ai été seul tout le temps, mais qu’au fond j'étais toujours accompagné. Outre tous les messages reçus pendant la course, ma femme a passé plusieurs heures au téléphone avec moi pour me garder motivé.  Voilà exactement le genre d’aventure qui nous fait sentir vivant, qui nous recentre sur nous et nous oblige à nous interroger sur notre vie.
Après 958 km et 16 000 m de dénivelé, Pierre et son ami célèbrent leur exploit sous l’affiche de finisher, sourire aux lèvres et médaille autour du cou.

Les jours d’après :

Des nuits de 12h, des douleurs étranges un peu partout (genoux, dos, pieds,…), voilà résumées les conséquences physiques d’une telle épreuve. Je recommande cette aventure à quiconque aime le vélo, la liberté, l’effort long. Nul doute que Thomas pourra vous aiguiller si le cœur vous en dit !
Fatigue visible mais émerveillement intact : Pierre capture un moment unique sur son vélo, avec un panorama grandiose en arrière-plan.
Le résumé en chiffres d’une aventure hors norme : 958 km, 16 000 m de D+, 45 heures de course. Un défi d’ultra-endurance pure.
Image symbolique de l’ultra-distance : Pierre roule seul, face à l’inconnu, entouré de paysages grandioses. Un moment de pure liberté.
BikingMan : Histoire ordinaire d’une aventure hors du commun.
Thomas Theys 5 mars 2025
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